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Bandura, fondateur du concept de Self Efficacy, rappelle que ce ne sont pas les dépenses des soins médicaux qui augmentent l’espérance de vie  mais la médecine préventive et les programmes d’immunisation. En effet, les personnes meurent prématurément à cause d’habitudes néfastes évitables. Ces habitudes sont liées par exemple à une mauvaise alimentation augmentant les maladies cardiovasculaires et les cancers ; la sédentarité qui affaiblit les capacités et la vitalité cardiaque ; le tabagisme et les conduites addictives qui augmentent les troubles respiratoires et cardiaques ; la violence, les maladies sexuellement transmissibles, et les mauvais choix de coping face au stress qui vont affaiblir le système immunitaire.

 

Il est possible de réduire ces habitudes et l’environnement défavorable qui les accompagnent (stress, pollution…) afin d’éviter la survenue de maladie et le vieillissement prématuré ; c’est le but des programmes efficaces de promotion de la santé. Il est possible de modifier l’environnement et les comportements vers l’adoption de modes de vie favorables à la santé par le développement des connaissances et des compétences permettant de contrôler nos habitudes de santé et de réduire celles qui l’affaiblissent.

 

Le réseau francophone international de prévention et promotion de la santé et de la sécurité soutient cette idée en rappelant que les programmes de santé les plus efficaces sont ceux qui développent les compétences sociales, émotionnelles et cognitives des personnes, en utilisant des méthodes interactives, s’inscrivant dans la durée et en agissant à tous les niveaux de l’environnement des personnes (famille, amis, quartier, travail, école). Pour ce réseau, la promotion de la santé, c’est offrir un plus grand contrôle sur sa santé, l’améliorer, renforcer ses capacités à réduire les caractéristiques qui lui nuisent.

 

A l’école, nous informons et incitons les jeunes à adopter des attitudes et comportements favorables à la santé. Cela nous permet de créer les conditions du développement de leurs capacités qui vont autonomiser et responsabiliser les jeunes par rapport à leur santé.

 

Les compétences favorables à la santé sont celles qui permettent une maîtrise de son existence, à savoir la capacité à prendre des décisions, résoudre des problèmes, avoir conscience de soi, s’estimer, savoir être empathique, communiquer, faire face à ses émotions et son stress…

 

1/Les compétences sociales, émotionnelles et cognitives des personnes

 

Pour transmettre ou favoriser ces compétences chez autrui les programmes efficaces de promotion de la santé selon Bandura doivent comporter un certain nombre de conditions:

 

Tout d’abord, les personnes doivent savoir quels sont les intérêts et bénéfices associés à ces comportements. Les promoteurs de santé doivent éveiller la réceptivité et l’intérêt sur ces capacités à développer. Et les personnes doivent aussi se sentir prêtes et capables à les apprendre.

Pour cela il est nécessaire de fournir les ressources et les incitations positives pour les adopter et les maintenir. Aussi le sentiment d’efficacité personnelle et l’estime de soi sont à la base des changements des habitudes de santé parce qu’elles permettent leur apprentissage.

Nous allons voir maintenant ce que sont ces deux grands concepts reliés au développement du Soi en commençant par l’estime de soi, nous verrons ensuite le sentiment d’auto-efficacité.


2/ L’estime de soi

 

 Lorsqu’on parle du concept de « Soi », il s’agit de l’ensemble des éléments qui nous définissent. Plus précisément il s’agit d’une structure de connaissance, de réseaux en mémoire ou de schémas mentaux qui influencent le fonctionnement de notre pensée, notre mémoire et notre attention.

Il faut savoir que nous possédons tous des croyances sur nous-mêmes, il s’agit d’informations plus ou moins accessibles en mémoire, stables pour les plus fortes mais aussi malléables pour d’autres dont nous sommes moins attachées.

Traditionnellement les recherches mettent en évidence trois composantes du Soi (cf Martinot, 1995). Il y a la composante cognitive, qui est la connaissance ou savoir sur nous ; il y a ensuite une la composante affective composée des jugements et de la valeur accordés à nos concepts de soi, c’est l’estime de soi ; et enfin il y a ce que l’on fait et présente au monde, c’est la dimension comportementale du Soi ou présentation de Soi. L’estime de soi est la composante affective du soi, c'est-à-dire la valeur que l’on s’accorde sur les plans physiques, intellectuels et sociaux.

Pour certains chercheurs notre estime ou plus globalement nos auto-évaluations se construisent en nous comparant aux autres, c’est pourquoi les personnes qui cumulent les attributs sociaux recherchés (statut, pouvoir…) ont généralement une estime d’eux-mêmes supérieure aux autres. Par exemple, il faut s’attendre à ce qu’un homme actif d’environ 40 ans et qui a un statut social valorisant ait une meilleure estime qu’une femme ou qu’une personne immigrée au chômage.

Les recherches montrent aussi que les individus ont besoin d’être valorisés car cela fait partie de leur sentiment de bien-être. Quelle que soit notre estime nous utilisons tous des stratégies de protection du Soi destinées à nous rassurer sur notre valeur. Cela explique les biais d’autocomplaisance ; c’est la tendance à estimer que nous sommes davantage responsables de nos succès que de nos échecs. Les personnes qui ont une faible estime vont avoir tendance à internaliser leurs échecs, à s’en sentir personnellement responsable. Il s’agit aussi du fait que nous cherchons à nous comparer aux autres sur des dimensions où nous nous savons particulièrement compétents; ou encore nous préférons nous désintéresser d’un domaine où nous risquons de vivre un échec. Ces exemples illustrent l’importance jouée par l’estime de Soi dans la vie d’un individu. Notre besoin d’estime nous pousse à nous considérer comme différent des autres et meilleur qu’eux quitte à nous attribuer irréellement des caractéristiques positives et s’auto-favoriser.

L’estime est bénéfique au niveau de la santé parce qu’elle répond à un besoin fondamental de se sentir bien avec soi-même. C’est pourquoi les personnes ayant une haute estime d’elles ont plus tendance à se dire satisfaites de leur vie et en bonne santé.

Dans leur comportement on remarque en effet qu’elles vont davantage aller chercher de l’aide et se rapprocher des autres en cas de problème. Elles ont davantage confiance en elles et en leurs capacités et comme elles se sentent dignes d’amour, elles ne doutent pas de leur capacité à se faire accepter et aimer par les autres. Aussi elles vont rechercher plus facilement le contact avec les autres. Plus simplement elles croient que les autres seront capables de répondre à leurs besoins.

Inversement, les personnes à faible estime vont au contraire chercher à éviter autrui puisqu’elles doutent de leur qualité et de leur capacité à se faire accepter socialement. Aussi quand ça va mal, préfèrent-elles éviter le contact social par peur d’être rejeté et augmenter ainsi les doutes et évaluations négatives qu’elles ont déjà envers elles-mêmes.

Ces comportement d’évitement envers autrui, amis ou relations intimes contribuent au fait que ceux qui ont une faible estime auront tendance à vivre plus d’isolement et se posent plus de restrictions dans leur vie (travail ou relations insatisfaisantes) car ils ne se donnent pas le droit à aspirer à mieux. Leurs croyances négatives envers eux-mêmes provoquent des comportements inadéquats pour trouver un mieux-être.

L’estime est souvent le résultat d’un statut que la société nous octroie de par notre naissance, et le regard de nos parents, de nos éducateurs et de nos proches, qui forgent nos habitudes de se penser. Il est possible de changer nos opinions sur nous-mêmes, en changeant nos habitudes de penser et d’agir. Pour cela il faut avoir envie d’opérer ces changements mais aussi de s’en sentir capable. C’est pourquoi avant de modifier l’estime, il faut une prise de conscience de nos besoins et désirs et ensuite travailler à augmenter notre sentiment d’efficacité qui est à la base de tout changement.

 

3 / Le sentiment d’efficacité

 

Les croyances d’efficacité prédisent mieux les comportements liés à la santé que l’estime de soi. En effet, le sentiment d’efficacité  selon Bandura est une croyance positive envers soi, en notre capacité à obtenir les buts que l’on s’est fixé pour sa santé. La conséquence en est une plus grande motivation à persister dans nos efforts pour changer nos habitudes. Inversement, se sentir inefficace conduit au découragement des buts entrepris. Aussi, à la base de tout changement de comportement et même d’attitude, il est indispensable de faire croître le sentiment d’efficacité.

 

4/ Développer le sentiment d’efficacité

 

Il est possible de construire une croyance d’efficacité en apprenant aux personnes qu’elles peuvent contrôler leur vie. Des ateliers pour développer ce sentiment d’efficacité peuvent être aménagés en direction des personnes jeunes et adultes afin d’apprendre à se fixer des objectifs réalistes et essayer de les atteindre. Le soutien, l’aide à la prise de conscience des progrès, et le sentiment de contrôler ces changements aideront à faire grandir le sentiment d’auto efficacité.

 

Au niveau d’une plus grande application, Bandura propose l’utilisation des médias pour motiver les gens à adopter des comportements de santé. Il s’agit de la méthode de modelage (faire intervenir des modèles ou des exemples auxquels s’identifier). Le modelage efficace constitue le principal moyen pour informer, motiver et permettre aux gens d’améliorer leur existence selon Bandura. La mise en scène de modèles positifs proches de la population vivant des situations de la vie réelle et qui illustrent un mode de vie bénéfique peuvent nous montrer comment transformer notre existence. Pour plus d’efficacité, ces modèles positifs peuvent être contrastés à d’autres modèles dysfonctionnels qui permettent de faire ressortir les avantages et inconvénients à adopter les changements. Ces méthodes médiatiques accompagnées d’un soutien, de conseils et de ressources appropriées ont été utilisées par exemple au Mexique contre l’illettrisme avec beaucoup de succès, de même qu’aux Etats Unis et en Inde pour aider à la régulation des naissances, informer les gens de leur droit et de l’importance des plannings familiaux.

 

5/ Développer l’estime de soi

 

Il est important de savoir quels sont les domaines où notre sentiment d’estime nous gêne à nous sentir bien avec nous-mêmes et les autres car cela dépend de ce qui est important pour nous, nos valeurs, nos buts et nos besoins d’épanouissement. Par exemple, il y a des gens pour qui le physique joue un grand rôle dans leur identité. Pour d’autre le physique est une caractéristique qui ne contribue pas vraiment à les définir alors qu’ils valoriseront davantage leurs compétences professionnelles, leur rôle de parent, ou le fait d’avoir beaucoup d’amis et d’être sociable. Comment favoriser notre estime ?

  • Mieux se connaître

 On peut commencer par faire une évaluation de notre niveau d’estime pour savoir quels sont les aspects de nous-mêmes que nous apprécions et au contraire ceux dont nous avons du mal à accepter. A la suite de cela, il est possible de suivre des ateliers de groupe ou en individuel afin de sonder qui nous sommes, ce qui nous définit, nos valeurs et nos aspirations. Ce genre d’ateliers est assez enrichissant et déjà revalorisant en soi à cause de l’effet stimulant du groupe. Ces ateliers mènent à une meilleure conscience de soi à partir de laquelle il est possible d’envisager des changements profitables dans sa façon de se traiter soi-même mais aussi dans nos rapports intimes ou professionnels. Il s’agit de mieux se connaître afin de mieux répondre à nos besoins sur tous les plans (émotionnels, cognitifs et physiques). Il existe de nombreuses méthodes d’investigation du Soi et d’exercices en groupe et ou individuel pour apprendre à mieux se connaître.

 

  • Agir en conformité avec nos valeurs, besoins et aspirations

Une fois que nous savons mieux quels sont nos besoins, désirs, aspirations et valeurs, il est possible de vivre conformément et en répondant à nos besoins, valeurs et aspirations. Par exemple, s’il paraît important pour nous de nous sentir mieux avec nous-mêmes, il est possible d’entreprendre un programme psychologique qui va nous aider à modifier la perception que nous avons de nous-mêmes. Par exemple, on va agir sur nos pensées automatiques négatives pour envisager des façons de se penser plus positives. Si nous remarquons un besoin en nous d’améliorer notre image physique, l’on pourra travailler à ressembler davantage à ce que l’on souhaite, en essayant un nouveau look, en mettant ses atouts en valeur, en faisant de l’activité physique.

 

  • Développer nos compétences et expériences positives

Le fait d’évoluer intellectuellement, au niveau artistique, physique, dans nos rapports aux autres, en apprenant à mieux communiquer…, mais aussi le fait de se mettre des défis va nous stimuler et nous aider à surmonter nos peurs. Plus nous remporterons des succès plus nous nous sentirons capables permettant ainsi la réussite de nos projets.

 

6/ L’estime de Soi des jeunes

 

Au niveau des jeunes, à l’adolescence tous les changements corporels, mentaux et sociaux affectent l’estime. L’adolescence est une période de transition qui aboutit à la rupture des liens de dépendance parentale et la construction de l’identité qui est une tâche centrale à l’adolescence. La construction de l’identité va permettre au jeune de faire des choix personnels, de s’inscrire et se projeter  dans le temps, de définir son idéologie, ses valeurs, d’accéder à la sexualité, et développer ses rapports à l’autorité et aux autres. Donc, il est important d’aider le jeune à reconnaître sa valeur et consolider son sentiment de fierté pour que ce travail d’identité se fasse correctement.

L’attitude de l’adulte doit favoriser la connaissance de soi du jeune et lui transmettre sa confiance en lui afin de l’aider à s’autonomiser. Pour cela, l’adulte peut aider le jeune à reconnaître et nommer ses émotions, l’aider à exprimer ses besoins, mieux se connaître, s’apprécier et se faire confiance en évitant de projeter ses propres idéaux, désirs en lieu et place de ceux du jeune. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir d’attentes pour le jeune au contraire. Il est important d’exprimer les valeurs auxquelles on tient, les règles de conduite qui en découlent et aussi d’exprimer les attentes positives en direction du jeune car cela montre que l’on croit en ses capacités. Car le jeune a besoin de voir en l’adulte un modèle solide, sécurisant sur qui il peut compter quand il en a besoin et qui a des valeurs et des stratégies pour faire face à la vie.

L’estime du jeune va se développer aussi par des traitements justes et démocratiques, c'est-à-dire lorsqu’il est consulté et qu’on le tient informé des décisions qui l’impliquent et lorsqu’il sent qu’il est accepté tel qu’il est.

Il est important de développer des attitudes éducatives qui respectent les besoins fondamentaux d’amour, d’écoute, de compréhension et de respect. Les parents doivent communiquer ces sentiments en insistant sur ce qu’ils apprécient chez le jeune, et en montrant l’intérêt sincère qu’ils leur portent.

 


Références bibliographiques

 

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